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Marie Potel-Saville : « Dot. aide ses clients à faire entrer le droit dans le 21ème siècle »

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marie potel saville2018Après 15 années d’expérience en cabinets Magic Circle puis en tant que directeur juridique EMEA, la pratique du Legal Design en entreprise a convaincu Marie Potel-Saville de la valeur créée tant pour les clients internes que pour les juristes. Elle souhaite désormais partager cette approche plus largement et vient de créer le bureau de Paris de Dot., agence de Legal Design.

Pourquoi avez-vous choisi de quitter Estée Lauder Companies pour créer le bureau parisien de Dot. ?

En tant que directeur juridique EMEA d’Estée Lauder Companies, j’étais confrontée à un double impératif : assurer la sécurité juridique de 28 marques dans 17 filiales avec des ressources limitées, tout en accompagnant la transformation digitale et radicale du groupe.

Répondre à ce besoin a supposé de repenser non seulement les outils (via la LegalTech), mais surtout les contenus juridiques eux-mêmes pour permettre agilité et effectivité.

Le Legal Design a été la réponse :

- partir de l’utilisateur et co-créer des solutions avec empathie, pour garantir l’application effective des préconisations juridiques par les opérationnels ;

- prototyper, tester et itérer pour s’adapter constamment à un environnement business et législatif mouvant.

A travers plusieurs projets, j’ai constaté la valeur créée par cette approche tant pour les clients internes que la direction juridique : efficacité, gain de temps, agilité managériale et perception des juristes internes, devenus facilitateurs et moteurs de l’innovation. Le Legal Design s’est avéré résoudre une difficulté majeure du droit en entreprise : le fossé entre la norme et ceux qui doivent la mettre en œuvre. J’ai eu envie de partager cette solution plus largement, et Dot. s’est imposé très naturellement puisque nous collaborions déjà sur plusieurs projets.

Pouvez-vous nous présenter Dot. ?

Dot. est une agence de Legal Design créée à Helsinki par Antti Innanen et Johanna Rantanen, avocats finlandais fondateurs du Legal Design Summit (le plus grand évènement de Legal Design au monde), et Meera Sivanathan, avocate australienne en M&A formée au design de services à l’Université Alvar Aalto.

Dot. combine expertise juridique, design et technologie pour créer des contenus, solutions et process juridiques faciles à utiliser et engageants. La digitalisation a profondément modifié les usages de l’information, le droit n’y fait pas exception : Dot. aide ses clients à faire entrer le droit dans le 21ème siècle. Notre équipe est diverse, pluridisciplinaire, et inclut notamment une designer, Emma Hertzberg, et… Margaret Hagan, Fondatrice et Directrice du Legal Design Lab de Stanford, que nous avons le privilège d’avoir en tant qu’ « advisor ».

Dot. assiste de grands groupes, organisations gouvernementales, universités et cabinets d’avocats pour créer une « expérience utilisateur » du droit enfin satisfaisante : de la politique de confidentialité de données personnelles que les utilisateurs ont envie de lire, au contrat d’acquisition de droits de propriété intellectuelle que l’on ne met pas des mois à négocier, en passant par la procédure d’arbitrage que chacun peut comprendre aisément, par exemple. Chacun de ces contenus peut vivre en ligne, de façon fluide et interactive.

Quels sont vos objectifs pour le bureau parisien de Dot. ?

Dot. est avant tout une équipe, que ses membres soient basés à Helsinki ou à Paris. L’ouverture de ce bureau vise à adresser plus facilement des projets pan-européens, pour répondre aux besoins des clients dont la plupart ne se limitent pas à une juridiction en particulier.

S’agissant de la France, il s’agit d’abord faire connaître cette nouvelle discipline : si appliquer le Design Thinking au droit est assez naturel dans les pays nordiques ou en Californie, cela reste nouveau dans l’hexagone. Il faut sans doute clarifier qu’il ne s’agit pas de rendre des contrats « jolis » ou de vulgariser l’information juridique, mais d’une démarche collaborative et pluridisciplinaire où juristes et designers co-créent des solutions innovantes centrées sur l’utilisateur.

Rassurer également sur la sécurité juridique. Toute innovation suppose de sortir de sa zone de confort, mais nous sommes des juristes avant tout et, à titre personnel je n’ai passé une dizaine d’années en cabinets Magic Circle pour faire aujourd’hui la moindre concession sur la qualité. Nous mettons aussi à profit mon expérience en tant que directeur juridique pour assurer des solutions à la fois pragmatiques et robustes juridiquement.

Concrètement, au-delà des politiques de confidentialité des données personnelles et contrats d’influencers pour lesquels nous avons déjà quelques clients, il nous semble qu’il y a de forts besoins de Legal Design en matière de contrats liés à l’économie digitale, programmes de compliance et tout simplement CGV, pour commencer. Nous développons aussi des projets pro bono, le Legal Design étant un vecteur puissant d’accès à la justice, ce qui me tient beaucoup à cœur.

Comment voyez-vous le développement du Legal Design en France ?

Dans ses orientations pour 2018, la CNIL a mis le design parmi ses priorités. Ce n’est pas un hasard : au niveau européen, cela fait écho aux Lignes Directrices du G29 sur le consentement dans le cadre du Règlement Général sur la Protection des Données, selon lesquelles des politiques de confidentialité trop techniques ou jargonneuses, qui ne seraient pas facilement compréhensibles par un utilisateur lambda, ne seraient pas une base juridique valable pour un « consentement éclairé ».

Ainsi, au niveau européen plusieurs domaines du droit imposent désormais un standard plus élevé de clarté et d’accessibilité pour tous des contenus juridiques. Cela ne peut qu’encourager le développement du Legal Design pas seulement en France mais dans l’EEE. Par ailleurs, le Legal Design correspond à une lame de fond en matière de traitement de l’information tous domaines confondus : l’information purement technique est devenue une commodité, ce qui compte c’est la clarté qui rend le pouvoir à l’utilisateur.

Demain, quelle entreprise acceptera encore des contrats indigestes et trop longs à négocier, des « petits caractères » illisibles sur mobile, des politiques jargonneuses qui restent lettre morte ?

Propos recueillis par Arnaud Dumourier (@adumourier)